« Juifs de France, sans vous… »

Il y a les mots auxquels on croit mais les actions ont du mal à se réaliser… Il y les valeurs qu’on défend, mais ils se noient dans la propagande moderne de l’islam extrémiste… Il y a l’Histoire qui se répète, les juifs en sont les témoins, vivants… Les terroristes sont là pour nous terroriser, les antisémites sont là pour nous humilier, ma réponse juive est de ne pas avoir peur, et d’être toujours fière !

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Valérie Abécassis

JUIF? Selon Valérie Abécassis

Journaliste et écrivain, elle a exercé ses talents sur RTL, RTL2, Europe 2, Canal Plus, Public-Sénat, dans le magazine Elle, et maintenant elle est la présentatrice de culture Mag sur i 24 news

« En une minute ?! Alors, pose toi la question, pose toi la question! Non, je ne réponds pas en une minute, je ne réponds pas en une minute…

Être juif ? Ok, être juif alors c’est être moi !

Je suis profondément juive, ce qui ne m’empêche pas de manger des crevettes. J’ai un vrai sentiment français même si je vis ici, en Israël, depuis 2 ans.

Est-ce que tu te sens plus juive ici, qu’en France ?

Ici, je me sens très française et je suis quand même juive cela ne change rien. Ce sont des choses complètement séparées. À Oran, en Algérie, comme beaucoup de pieds noirs, en tout cas de pieds noirs algériens, on n’était pas obsédé par la religion du tout, on était obsédé par les rites, par la transmission et par, à mon avis, un certain nombre de valeurs, de valeurs très importantes. C’est à partir du moment où ils sont arrivés en France, l’envie de devenir plus juif au sens « pratiquant », et non pas identitaire, s’est renforcée. Et donc, mes cousines sont devenues ultra-religieuses, avec la perruque, mon cousin, qui est passé d’ultra gauche quand il était jeune, il est devenu super religieux, les huîtres qu’on mangeait chez mes parents, quand j’étais petite, ont disparu : mes parents mangent casher. Moi, je m’en fiche ! Je pense qu’on peut manger des crevettes, et fondamentalement, se sentir juive,fondamentalement.

 

Alain Finkelkraut

« JUIF ? » Selon Alain Finkelkraut

« Je crois que c’est quand on n’est pas pratiquant que l’identité juive vous colle à la peau parce que, pour un pratiquant, c’est Dieu qui colle : le pratiquant est celui dont l’existence se tient toute entière, se déroule devant Dieu. Mon existence avance comme elle le peut, Dieu n’est pas son témoin et, en même temps, je me sens juif, parce que je ne suis pas un juif pratiquant, je suis un juif identitaire. Qu’est-ce que ça veut dire? Non que la judéité soit une propriété, une manière d’être, qu’elle constitue mon caractère, si c’est vrai je n’en sais rien. Être juif, pour moi, c’est me sentir impliqué, concerné, compromis parfois, par ce que font les autres juifs. C’est un sentiment d’appartenance, d’affiliation et dans cette affiliation, il y a, par exemple, le lien torturé à Israël. Il y a un fait de sollicitude, d’inquiétude, d’admiration et parfois, d’impatience critique. Et puis aussi, si mon existence ne se tient pas devant Dieu,
elle se tient, peut-être, devant les grands-parents que je n’ai jamais eus. Raymond Aaron disait : « Si, par extraordinaire, je devais apparaître devant mon grand-père qui vivait à Rambervillers, encore fidèle à la tradition, je voudrais, devant lui, ne pas avoir honte. Je voudrais lui donner le sentiment que, n’étant plus juif comme il l’était, je suis resté d’une certaine manière fidèle. » Je n’ai pas connu mes grands-parents, mais je pense à eux. Si je devais apparaître devant eux, eux qui étaient, en effet, encore fidèle à la tradition – l’un d’entre eux aimait les textes sacrés –, je souhaiterais qu’ils pensent, que je suis, à ma façon, dans la culture, et en France, resté fidèle. »

dessin Alain Finkielkraut

 

 

 

Yoel Tordjman

« JUIF ? » Selon Yoel Tordjman, kabbaliste et peintre

« Être Juif, c’est chercher à l’être. Quand je me demande où je suis, à chaque fois, l’être humain cherche à avoir une réponse : je suis là donc ça y est, c’est statique. En vérité, tout l’Univers est en plein mouvement actuellement : les planètes, la Terre, tout tourne… Donc, peut-être que l’identité juive c’est ce questionnement qui permet d’être tout le temps en mouvement… »

JUIF? Le film montage 1

 

JUIF? Selon Esther

Olivier Rubinstein

JUIF ? Selon Olivier Rubinstein

J’ai rencontré olivier Rubinstein à Tel-aviv. Il n’a pas fait « l’alya », mais il y vit provisoirement : Il est le conseiller de coopération et d’action culturelle – Cocac et le directeur de l’Institut français d’Israël… Entre deux pays, la France et Israël, être juif se vit autrement…

« -Est-ce que être Juif en Israël est différent qu’être Juif à Paris ?   -Très différent ! Être Juif en France, c’est participer à une hystérie collective. On a toujours besoin, en France, soit de s’affirmer Juif, soit de dissimuler le fait qu’on est Juif et quoi qu’on fasse de toute manière il y aura toujours quelqu’un, juif ou pas juif, pour nous ramener à notre condition de Juif, et donc on est toujours obligé de se positionner, de chercher sa place de Juif ! Et ici, bon, c’est le pays des Juifs, même si toute la population n’est pas juive, il ne faut pas l’oublier, mais c’est le pays des Juifs, donc la question de l’identité juive, ne se pose pas, en tout cas ne se pose pas pour moi !   Quand j’étais enfant, on était deux Juifs à l’école primaire, et deux circoncis, et comment on s’en est rendu compte qu’on était différent, c’est quand on nous emmenait à la piscine, et tout le monde se foutait de nous, parce que.. On n’avait pas le même sexe que les autres ! Et pour couronner le tout, parce que l’histoire ne s’arrête pas là, mes parents ont eu l’excellente idée de me changer de nom, j’ai été, je suis né, sous le nom de Rubinstein et un jour mes parents pour des raisons liées à la guerre ont décidé de changer de nom : elle m’a dit : eh bien écoute, tu ne t’appelleras plus Rubinstein : on s’appelle Rimbaud maintenant ! Donc ça été quand même quelque chose de très compliqué à gérer et ça reste aujourd’hui compliqué ! J’ai fait toute une démarche auprès du Conseil d’État, pour récupérer mon nom de naissance, et ça n’a pas été facile ! Et je n’ai pas entièrement gagné puisque j’ai les deux noms sur mes papiers !   Et surtout, mon vrai nom : Rubinstein, apparaît comme un pseudonyme ! Il est marqué sur mes papiers : Rimbaud dit Rubinstein ! Ce qui est quand même extraordinaire ! C’est dire que les questions d’identité sont complexes… Mais c’est une histoire juive ! »